Module Google Analytics ou Xiti

Connexion



mod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_counter
mod_vvisit_counterAujourd'hui93
mod_vvisit_counterHier115
mod_vvisit_counterCette semaine318
mod_vvisit_counterSemaine dernière727
mod_vvisit_counterce mois ci2083
mod_vvisit_counterLe mois dernier12991
mod_vvisit_counterTous226873

En ligne : 2
Votre IP : 54.196.13.210
,
Now is: 2018-09-18 21:56

Articles

1000km ... et la canicule. Par Charles Dumay PDF Imprimer Envoyer

VICTOIRE D'UNE DÉFAITE...

AVANT

La série des BRM en poche (200/300/400/600), je ne rêve que de la distance ultime (à part le Paris-Brest-Paris bien sûr), à savoir le BRM 1000.

Me voici donc en quête, je trouve une belle aventure que propose le Club de Chantepie, à savoir rejoindre la Semaine Fédérale à vélo en partant de Rennes, en passant près de Clermont-Ferrand et donc finir à Épinal. 1005 km exactement, et surtout une boucle qui traverse des endroits sublimes. 

Je me prépare donc physiquement, et surtout psychologiquement. Les expériences passées m’ayant bien démontré que les jambes ne tournent jamais très longtemps sans la quiétude et la volonté du sieur «Cerveau».

La date approche, me voila en début de vacances, j’emmène ma femme et mes petits chez de la famille dans le sud-ouest, et partirait donc en train de Bordeaux jusqu’à Rennes.

C’était sans penser au crédit et à l’importance du capital Sommeil. Je m’arrête sur ce point car les jambes, la tête et Le Capital Sommeil, voilà les 3 points d’une réussite. 

La vie étant capricieuse, elle offre, la semaine précédant le départ, une sympathique varicelle à mes deux enfants, histoire de hacher mes nuits. Je continue joyeusement, en me prenant une bonne dose de fièvre le week-end précédent, histoire d’être sous antibiotiques pour attaquer ce mille. Et pour finir, la SNCF annule TOUT les trains au départ dans le Sud-ouest. Je fête ainsi, la nuit qui précède le départ, à bord d’un bus qui me permet,non sans mal, de rejoindre Rennes.

Voilà, ça c’était pour la préparation du capital sommeil... Pitoyable.

D’aucuns auraient jeter l’éponge (par lucidité et intelligence), mais voilà, je me pense un peu buté, et quand je me lance un défi, j’y vais, même si...

LE DEPART

Arrivant à Rennes, je retrouve à son hôtel mon acolyte de BRM : Alain.

Les antibiotiques commençant à jouer leur rôle, je vais mieux (mais bien sûr !), et tout excité nous montons et préparons nos vélos.

Nous sommes à 2km du lieu de départ, et nous avons le temps, un dernier petit resto, et hop, nous y sommes.

Étant pré-inscrit, les démarches sont rapides. Nous nous retrouvons avec peu de participants, 10 au total. Tout le monde, décortiquant les machines des autres participants, pour "choper" quelques astuces ou simplement s’émerveiller des autres préparations.

2, 3 photos des organisateurs, il est 16h, c’est l’heure de se jeter à l'eau. Le petit groupe s’élance comme un seul homme. Personne ne part comme un fou, tout le monde est conscient de la folle distance.

 LA GRANDE AVENTURE

Petit à petit le groupe s’étiole, à trois, seul ou en binôme, car chacun roule à son rythme, et on ne peut réussir en s’imposant de rouler à la vitesse d’un autre (qu’elle soit au dessus ou en dessous). On se retrouve tout les deux avec Alain, et pédalons en rythme, s’émerveillant de ces paysages et du bonheur de pédaler. C’est un des plaisirs de la Grande Distance, ce frisson inexplicable de l’aventure qui est devant.

La faim se faisant sentir, nous attendons avec impatience le 1er point de contrôle pour se ravitailler.

Malheureusement, le coup de tampon est mis dans une piètre boulangerie, déjà prise d’assaut par d’autres participants. Qu’importe, nous nous vengeons dans un Supermarché à la sortie du village, dans lequel nous retrouvons également 3 autres cyclotouristes, faisant le plein.


Nous repartons, je roule les yeux fixés sur la feuille de route pour ne pas rater les changements de routes et bien passer par les villages indiqués. Le soleil se couche, et nous attaquons la route en bordure de Loire et ces magnifiques châteaux, plus éclairés les uns que les autres. Une petite halte dans une sublime troquet pour se ravitailler en eau. La nuit est bien entamée, il est 3h30 heures du matin, nous approchons des 270km. La réalité aurait voulu, que nous profitions de la fraîcheur nocturne pour rouler toute la nuit, mais mon état de fatigue ne me le permet pas. Nous nous arrêtons et faisons une sieste. A 6h, quand nous repartons, il fait déjà chaud, mais motivé par le contrôle des 300, nous appuyons. Arrivés dans une petite ville, contrôle et petit déjeuner salutaire, viennoiseries, charcuteries, fromage, café, jus... Tout y passe.
 

ET LÀ COMMENCE LA GALÈRE...

Nous repartons, requinqués et motivés par le contrôle des 400. Nous ne faisons pas attention, loin de toute info ou bulletin météo, au mercure qui grimpe en flèche... 25, 28, 30, 35, 38, 40, 42°... Enfermés dans notre effort, nous n’en sommes tirés que par le rappel des bidons qui se vident et des villages à atteindre (pour un point d’eau). La route après le kilomètre 250 ne fait que monter et ceci jusqu’à Épinal. Nous attaquons les bosses, mais celle-ci déjà un pourcentage proche de deux chiffres qui ne nous permet pas de récupérer derrière. Les montées étant toujours plus longues que les descentes. L’écart se creuse entre nous deux. J’attends dans l’ombre d’un arbre isolé. Puis vient, un col, je force, pousse, arrive en haut, et attends un long moment. Alain arrive exténué. On se parle, repart. Je mets l’écart sur le fait que Alain n’aime pas trop les cols, préférant la vélocité. Un grand plat, enfin, je récupère tout en pédalant, me retourne, mais plus d’Alain. Je m’arrête, et le voit arriver péniblement. Il ne peut plus, victime d’un coup de chaud. Il me dit de continuer seul et de l’attendre jusqu’a l’horaire de fermeture du contrôle des 400. Je repars seul, un peu déboussolé, les jambes sont lourdes, les lèvres brûlées, je respire comme dans un four. 5 km, 10 km de plus, je ne suis plus qu’à 20km du contrôle et il me reste 2 heures pour être dans les délais. Et tout d’un coup, le corps lâche, ma tête me tourne, je réalise que je roule à gauche. Vite je m’arrête à l’ombre d’un panneau de signalisation (seul ombre trouvée dans ce désert). J’appelle ma femme pour lui dire que c’est dur. Elle me somme d’arrêter, que c’est le plan Alerte Canicule, et que c’est une folie de continuer. Je raccroche, appelle Alain. Il m’informe qu’il abandonne, et me met également en garde. Mais toujours aussi têtu, et ne voulant écouter les signes d’alerte de mon corps, je repars...Après être passé sous un pont, il faut que je prenne une petite route à gauche. Déboussolé et n’étant plus lucide, je tourne à gauche, mais ne réalise même pas que je viens d'entrer sur une voie rapide à double voie. Les voitures, mais surtout les poids lourds me doublent dans un vacarme assourdissant de bruit et de klaxon. Leurs souffles me poussent à chaque fois contre la barrière de sécurité, mais surtout je réalise que je ne suis plus lucide, je ne suis plus moi-même. Je reviens à la réalité, paniqué, je comprends le danger. Je stoppe avant une aire d’arrêt, près d’un grand portail. Mais comme sur l’autoroute, c’est bien sûr infranchissable, la hauteur du dit portail voudrait que je jette mon vélo de l’autre côté et après... Les côtés sont bardés de fils barbelés.

ILLUSTRES INCONNU(E)S, VOUS AVEZ ÉTÉ MES SAUVETEURS !!!

Tout d’un coup, un paysan arrive en tracteur. Je l’appelle au secours. Il s’arrête, descend de son engin et m’aide en saisissant un bout de mon vélo et le passer de l’autre côté. Mais moi, impossible... C’est sans compter sur l’homme, qui tourne son tracteur et se sert d’une plate forme à l’arrière comme d’un élévateur pour écarter les fils barbelés et m’ouvrir un passage. Je suis sauvé, merci, merci mille fois à cet homme, fier et ingénieux paysan inconnu. Ce moment de peur et de solitude m’a fait réaliser ma stupidité, mon entêtement et surtout mon état. Je réenfourche mon vélo, atteins non sans mal un village, et trouve le seul commerce d’ouvert: un coiffeur. Je finis sous la douche d’un bac, avec une coiffeuse qui, entre ses clientes, court chez elle me prendre des bouteilles d’eau fraîche pour m’hydrater. La pharmacie à côté venant de réouvrir, je vais prendre des solutions de réhydratation pour bébé, car au delà d’un certain seuil (de déshydratation) l’organisme n’assimile plus les molécules d’eau. J’appelle Alain, qui entre temps à trouver le seul taxi du coin (qui fait également ambulancier). Ils vont venir me chercher... Ça y est je suis sauvé. La suite se fera dans un hôtel avec piscine dans le village de «La Souterraine» (ça ne s’invente pas) d’où il faudra arriver à repartir pour rejoindre Épinal, où nous attendaient nos affaires. Mais ceci est une autre histoire, tout aussi épique et grandiose.

Au retour de cette épopée, je me dis qu'à la vue, des rencontres, de l’expérience acquise, des petits trucs appris, des choses découvertes, des paysages traversés, mais également de la leçon sur moi-même, et de l’importance de s’écouter et d’écouter son corps... Cet abandon  vaut autant qu’une réussite.

La suite, très bientôt... 


Récit de Charles DUMAY, suite à sa tentative du Brevet Randonneurs Mondiaux de 1000 Km.